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Retour sur la compassion et l’analyse

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L’échange, vif mais courtois, entre BHL et Aymeric Caron lors de l’émission de Laurent Ruquier de samedi soir dernier sur France 2, a suscité beaucoup de commentaires sur la toile. La fin de ce match de ping-pong pour manchots portait sur la récente guerre à Gaza. C’est au nom de la Compassion que nos deux personnages médiatiques se sont échauffé les esprits et se sont retrouvés tous deux enfermés dans une même logique – qui aurait deux versants. L’un nous dit qu’il n’a de compassion que pour les palestiniens, le second a de la compassion pour tout le monde sauf pour les palestiniens (un raccourci s’impose pour faire fi des postures gratuites et inintéressantes). Nous pouvons tirer de ces deux positions deux conclusions: premièrement, l’un comme l’autre font de la Palestine un cas particulier -ce qui nous amène au deuxièmement- ils se dérobent donc à leur devoir de compassion qui est par essence universel.

Il est donc temps de questionner ce rapport compassionnel à l’histoire et à la politique; pour cela, éloignons nous de l’actualité et afin de détricoter un peu ce problème, nous vous proposons ce texte de Yéshayahou Baboulin.

 

Pour élaborer un point de vue cohérent sur les relations entre le sentiment compassionnel et l’analyse politique/historique, il n’est pas inintéressant de voir comment un tel point de vue s’applique dans le cas de la Shoah.

Egalité des victimes et relativisme:

On sait que les 6 millions de Juifs assassinés entre 1939 et 1945 ne représentent « que » 10% du nombre des victimes de la guerre. On sait aussi que les Juifs n’ont pas été les seuls persécutés par le régime nazi (il y eu aussi les Russes, les communistes et résistants, les Tsiganes, parfois même les chrétiens). On sait enfin que les nazis ont appliqué leurs méthodes terroristes et tortionnaires à bien d’autres catégories de population que les seuls Juifs. Les révisionnistes (je ne parle pas ici des négationnistes) en tirent une conclusion relativiste : il faut englober TOUTES les victimes du nazisme dans un même sac et ne pas faire de discrimination dans les cimetières.
On peut d’ailleurs, et cela se fait, englober TOUTES les victimes de TOUTES les périodes historiques dans le même sac : c’est ce que fait l’extrême-gauche en revendiquant par exemple que les victimes du colonialisme et de l’esclavage soient mises sur le même pied que les Juifs. La gauche non communiste en dira autant des victimes du stalinisme, etc. Dans cette conception, les « civils innocents » tués dans les bombardements sur l’Allemagne en 1944 doivent avoir le même statut que les Juifs envoyés dans les chambres à gaz. Un mort vaut un mort.

On peut aller plus loin – et c’est à quoi abouti la politique compassionnelle – en mettant dans le même sac les victimes d’un tsunami ou d’un tremblement de terre, et les victimes d’une persécution ou d’une guerre. On observe ici le résultat du renversement de l’idéologie de gauche traditionnelle en idéologie sociale-chrétienne, dès le début des années 80, renversement incarné par Bernard Kouchner avec sa théorie de « l’ingérence humanitaire ». On sait que cette théorie a fait long feu : il n’est plus question depuis longtemps déjà de telles ingérences humanitaires, qui prennent le risque de trop s’apparenter à la stratégie américaine néoconservatrice (abattre les dictateurs sanguinaires et installer la démocratie par les interventions armées). On envoie la Croix-Rouge à Haïti, c’est moins risqué.

L’ambiguïté juive:

Les Juifs, du moins certains Juifs – disons les Juifs « officiels » – ont su tirer profit du point de vue compassionnel. Profits symboliques (plaintes, reconnaissance politique et universitaire, commémorations et monuments, institutions consacrées à la mémoire, etc.) ET profits financiers (dédommagements versés aux victimes de spoliations, fonds importants versés à l’Etat d’Israël en particulier par l’Allemagne, subventions aux institutions juives). Il faut observer qu’ils ont su en tirer profit plus que les autres, et, sur la base du seul point de vue compassionnel, « les autres » ont toutes les bonnes raisons de s’en plaindre et de dénoncer cette discriminations à l’envers (en faveur de certaines victimes). Les Noirs, les Tsiganes, aux USA les Japonais, j’en oublie certainement, réclament eux aussi leur part du gâteau ! On pourrait augmenter la liste à l’infini, puisque tous les peuples anciennement colonisés pourraient à juste titre réclamer des dommages et intérêts.

J’en conclu d’abord, pour ma part, que ces Juifs revendicatifs sont dans l’ambiguïté la plus totale. D’une part ils défendent l’idée d’une spécificité des victimes juives, d’autre part ils s’appuient pour motiver leurs revendications sur un appel à la compassion. Ce qui est parfaitement contradictoire puisque, par définition, la compassion est un sentiment qui ne peut être qu’universel.

Cette ambiguïté a deux conséquences majeures:

La première a déjà été soulignée plus haut : elle fait naître et elle légitime les revendications des autres victimes de telles ou telles catastrophes qui se sentent discriminées au regard des Juifs. D’où un carburant important apporté à la judéophobie : les Juifs sont « privilégiés » dans leur malheur, parce que (ici toutes les explications sont connues : ils sont plus malins, ils se serrent les coudes, ils exercent une influence disproportionnée sur les médias et les Etats, etc.). On sait par ailleurs que l’un des arguments majeurs des antisionistes relève de ce registre : « On leur a donné un Etat au détriment des Arabes ».

La seconde est plus importante encore : en faisant appel à la posture compassionnelle, les Juifs « officiels » participent au règne de l’obscurité qui enveloppe le concept difficile de « singularité » à propos de la Shoah. Ces Juifs-là ont été, et sont toujours, extrêmement actifs dans la diffusion de la problématique erronée (et christique) du « crime contre l’humanité » construite au procès de Nuremberg, et dans les vaines invocations au « Plus jamais ça ! ». Ces Juifs-là (qui ne sont pas les Juifs dits « orthodoxes », rappelons-le) sont complices de la guimauve idéologique et morale qui s’est abattue sur la Shoah pour en empêcher toute analyse et toute compréhension véritable.

J’insiste à nouveau sur ce point : la compassion (qui est « bien naturelle ») a pour seule et unique fonction, dans le domaine politique et historique, d’interdire l’analyse des causes et des responsabilités. Elle a pour seule et unique fonction de construire des consensus factices, faciles, qui gomment les divergences d’analyses et de convictions. Elle a pour seule et unique fonction de masquer le réel. La politique compassionnelle est un mensonge.

Yéshayahou Baboulin

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Maran atha

אימרה+3

« … la prophétie annonce qu’au temps du messie « personne n’enseignera plus son prochain, ni personne son frère, en disant: Connaissez YHVH; car tous Me connaîtront etc. » (Jer.31:33) et il est dit: « la connaissance de YHVH emplira la terre comme les eaux recouvrent la mer » (Es.11:9) et aussi: « Ils forgeront des socs de leurs glaives et des serpes de leurs lances. On ne lèvera plus l’épée peuple contre peuple et l’on apprendra plus la guerre » (Ibid.2:4).
Or, [depuis son époque] jusqu’à aujourd’hui, il y eut maintes guerres et le monde a été plein d’oppressions et de ruines »

Ramban – Nahmanide, « La dispute de Barcelone », Ed. Verdier.

Copinage et crustacés… Une fois n’est pas coutume

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Très joliment réalisé, le site de la nouvelle revue de la communauté massorti Adath Slalom: Mikhtav Hadash. Revue qui publie certaines des photos que nous avions présentées sur le Tzimelblog, mais aussi des photographies de synagogues parisiennes par Aviv Itzhaky.
Également au sommaire de ce 1er numéro, preuve d’une certaine pluralité de traitements et d’opinions, les plumes francophones de l’orthodoxie moderne à la française: Emmanuel Bloch et Gabriel Abensour – quoique il m’échappe encore ce qui relève du moderne et de l’orthodoxie…

La réponse du berger à la bergère

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En plein débat sur des modifications et certains changements de la loi en Israël, relative au mariage, le très laïc député Yair Lapid, s’est prononcé contre la séparation de la religion et de l’état. « Ceci n’arrivera pas, car contrairement aux autres pays, Israël n’est pas qu’un lieu, mais c’est également une idée, blablabla » a-t-il déclaré. Cette idée n’est manifestement pas partagé par tous, israéliens ou juifs.

C’est sur ce même débat, de séparation de la synagogue et l’état, que Yeshayahou Leibowitz avait l’habitude de raconter ce que lui en disait David Ben-Gourion, qui en substance était opposé à une séparation, car, disait-il,  « je veux que l’état tienne la religion dans sa main ».

D’une certaine manière, nombreux sont les israéliens, orthodoxes ou non, à y trouver leurs comptes; tant pis pour eux.

 

à partir de 3’10

Reprise des activités du collège talmudique français

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Les cours dispensés au collège talmudique français ont repris, ainsi que le partage des cours sur leur site. Pour plus de détails : collegetalmudique.wordpress.com

Rares manuscrits hébraïques bientôt en ligne

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La Bibliothèque nationale d’Israël affirme avoir signé un accord pour afficher en ligne quelques-uns des plus importants manuscrits hébreux de la planète, d’une des plus grandes bibliothèque italienne, les rendant accessibles au public pour la première fois .
Le conservateur de la bibliothèque nationale israélienne dédiée au domaine de la Judaica, Aviad Stollman, dit que sera numérisé la collection de la Bibliothèque Palatina de Parme, soit près de 1600 documents datant du Moyen-Âge. La collection comprend des manuscrits enluminés rares et l’une des plus anciennes copies existantes de la Mishna.
Stollman a déclaré jeudi dernier que les manuscrits de la biblioteca palatina sont d’égales importances avec ceux du Vatican et d’Oxford, dont Israël négocie également la numérisation de leurs manuscrits .
Stollman a pour projet, pour la Bibliothèque nationale d’Israël, de numériser et publier en ligne l’ensemble des manuscrits hébreux de la planète.

Benny Lévy aujourd’hui

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Dimanche 13 octobre 2013 au musée d’Art et d’histoire du judaïsme, à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Benny Lévy et de la publication des ouvrages : L’Alcibiade. Introduction à la lecture de Platon, de Benny Lévy ; À la vie, de Léo Lévy ; L’Éclat de la pensée, Benny Lévy, de Gilles Hanus (Verdier, automne 2013).
Tables rondes, projections de films et autres évènements.
Pour plus de détails : MAHJ

QUI LES façonne EN UN

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On pourrait considérer Roch Hachana comme une fiction, pour une raison métaphysique essentielle : Dieu, l’idée que nous devons nous efforcer de nous faire de lui, n’est pas dans le temps, pas plus qu’il n’est dans l’espace, puisqu’il leur est à tous deux transcendant. Or, hormis la charmante aventure folklorique de la pomme trempée dans le miel, et les appels communautaires à la douceur, qu’on pourra juger plaisants, on doit savoir que ce jour du Chofar est le jour du din, du passage en jugement – tous les allants en monde, en ce jour, passent devant son trône comme un troupeau, comme il est écrit : « Celui qui fait un leur cœur, celui-là connaît tous leurs actes. Comme toujours dans la vie juive, il importe de démétaphoriser, sans quoi rien, sinon l’effusion religieuse, ne se produit – mieux vaut qu’elle ne se produise pas. Dire que Dieu nous juge ce jour, puisque ce jour, comme tel, n’est pas un jour, successif comme tous les jours, pour Dieu, c’est parce que ce jour présente quelque chose, pour nous, pour qui il est un jour successif, de singulier.
Quid ? Proposons ceci : il importe, en ce jour, de produire une méditation sur le temps, et sur sa conséquence sur le sujet qui s’y inscrit.
Le temps, successif, est producteur de multiple ; les instants, découpés, paradent toujours, parade sauvage dont seul Il a la clé, dans leur irréductible hétérogénéité, dans leur incontestable différence. Être un sujet dans le temps, c’est donc subir, ou agir, peu importe, une extraordinaire tension vers le multiple. Mais à y réfléchir, le temps n’est pas seulement producteur de multiple ; il est aussi, à la condition du dépassement de son caractère d’artefact, de donnée de la culture, par-delà, donc, la culture qui l’instaure et le brode, voire le décore, une puissance unifiante.
L’année unifie les mois et les jours qui la composent ; – les subsume – ; dès lors, dès l’imagination, et bien avant que la raison s’en empare, constater le passage d’un an accomplit, dans les idées confuses qui nous baignent, le geste d’unifier. L’acte requis par Roch Hachana est celui de se faire un, de se vivre effectivement (et non pas dans un acte de foi, ainsi que nous faisons toujours quand nous disons « je ») comme un,de faire l’épreuve de cette subsomption de ses états multiples sous l’Un qu’il nous faut penser – épreuve intérieure, aidée par le son du chofar – animal ou déchirant, selon qu’on se retrouve, uni, en un homme ou un animal – je m’explique plus loin. De l’un survient au passage de l’an. Ce décasyllabe est ma proposition synthétique pour entendre Roch Hachana.
Mais il est dit plus encore : à l’épreuve du passage de l’année, et de cet ébranlement intime que suggèrent le passage de l’an et l’unité de
l’année morte – de l’Un certes se produit, mais tout l’Un n’est pas singularisant. Au contraire : « celui qui fait un leurs cœurs, connaît toutes leurs actions » – cet Un-ci, c’est l’Unité même de la foule humaine, c’est l’absence radicale de toute singularité dans aucune des passions humaines ; toutes semblables, troupeau des hommes. Unité dissolvante, unité annihilante – être-pour-la-mort. Ou bien être singulier – Un, seul. Unité vivifiante, au-delà de soi. Non plus une unité subsomptive, mais une unité assomptive. Non plus se retrouver, finalement, un avec tous les autres ; mais se faire, ultimement, un, malgré tous les autres.
C’est peut-être cela que le balancement de la justice, c’est peut-être cela que le jugement qui s’opère – plus haut que nous, et donc plus haut que nos imaginations ; une vraie balance qui oscille entre l’Un et l’autre.
Un – image qu’il importe peut-être de substituer à la fausse douceur, autant qu’aux tremblements dévots des moutons à l’abattoir – que nous ne prenons sur nous de jouer que parce que nous ne savons pas prendre le Talmud au sérieux.

Pascal Bacque

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